« La compagnie des menteurs » de Karen Maitland.

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1348. La peste s’abat sur l’Angleterre. Rites païens, sacrifices rituels et religieux : tous les moyens sont bons pour tenter de conjurer le sort. Dans le pays, en proie à la panique et à l’anarchie, un petit groupe de neuf parias réunis par le plus grand des hasards essaie de gagner le Nord, afin d’échapper à la contagion. Neuf laissés-pour-compte qui fuient la peste mais aussi un passé trouble. Bientôt, l’un d’eux est retrouvé pendu. Seraient-ils la proie d’un tueur plus impitoyable encore que l’épidémie ?

C’est dans cette ambiance sombre & médiévale que prend place le récit de La compagnie des menteurs, second roman de l’auteure britannique Karen Maitland. Dans ce thriller historique, qui n’est pas sans rappeler Le nom de la rose (je parle du film, puisque je ne connais pas le livre), nous serons plongés au sein d’un groupe, réuni presque par hasard mais ayant tous le même but ; fuir la pestilence qui a gagné les villes côtières d’Angleterre & qui commence à s’étendre à l’intérieur des terres.

Côté narration, c’est l’un des membres de ce groupe d’infortune qui prend la parole. Camelot est un vieillard qui tente de gagner son pain en vendant de fausses reliques aux villageois qu’il rencontre. C’est autour de ce personnage que se formera le groupe, puisqu’il est vite rejoint par Rodrigo & Jofre, deux artistes tout droit venus de Venise. Viennent s’ajouter ensuite Zophiel, un rustre bonimenteur accompagné de sa jument caractérielle Xanthos, Adela & Osmund deux jeunes futurs parents, sans oublier Cygnus, un conteur manchot, portant une aile (dont il pense qu’elle est réelle) à la place de son moignon. La compagnie est finalement au complet avec Plaisance, une guérisseuse qui amène avec elle Narigorm, une mystérieuse petite fille albinos qui inquiète tous ceux qui croisent son regard à cause de sa différence.

Si l’auteure nous met directement dans le bain avec le danger de l’épidémie qui plane sur les personnages comme une épée de Damoclès, la menace meurtrière met du temps à arriver puisque la mort d’un des protagonistes survient seulement à la moitié de l’histoire. Sur un livre de presque 664 pages, ça peut paraître un peu long, mais cela permet à Karen Maitland de construire ses personnages, les amitiés & inimitiés qu’ils entretiennent entre eux. Elle nous donne aussi l’occasion de bien nous familiariser – et pourquoi pas – de nous attacher aux acteurs du récit & d’essayer de déceler leurs secrets, puisque ce n’est pas tant la question du « Qui est l’assassin ? » qui est intéressante dans l’intrigue. Il faut plutôt se demander « Quel mensonge se cache à l’intérieur de chacun d’entre eux ? ». Car oui, comme son titre l’indique, dans la compagnie, tous ont un secret, un mensonge inavouable qu’il faut à tout prix taire & le jeu pour nous n’est-il pas finalement de deviner de quoi il s’agit ?

Outre le climat de terreur où la tension devient de plus en plus palpable au fur & à mesure de l’intrigue, Karen Maitland nous dévoile quelques us & coutumes de l’Angleterre médiévale, notamment le rituel des mariages d’infirmes, où l’on unissait deux personnes handicapées (sans qu’elles aient un seul mot à dire) pour –  soit disant – conjurer le mauvais sort. Une sorte d’offrande désespérée à Dieu, qui rappelons le, a réellement existé. J’aime beaucoup lorsqu’un auteur de roman historique nous glisse des infos & des anecdotes sur l’époque qu’il traite. Cela donne une dimension réelle à son récit & il est donc plus aisé d’avoir des sentiments empathiques envers ses personnages & ici, en l’occurrence d’avoir peur pour eux lorsqu’ils sont menacés.

*

En conclusion, vous l’aurez compris, j’ai été conquise par ce thriller historique (mon premier thriller qui plus est !). L’annonce de l’assassin n’a rien de surprenant ni de très novateur dans le genre, mais comme je vous l’ai dit, le « cluedo » n’est pas ce qui m’a semblée le plus important dans ce roman, donc je n’ai pas été dérangée par l’absence de surprise dans la découverte du coupable. Si vous préférez vous concentrez comme moi dans la quête de la vérité à propos des personnages, vous passerez certainement un bon moment avec La compagnie des menteurs.


 

 


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